LE JARDIN DE CHOUI ET LEIA

LE JARDIN DE CHOUI ET LEIA

Un entomologiste en hiver

A la fin de l'automne, en général les premières gelées arrivent.

 

IMGP3864.JPG

 

Les végétaux s'endorment.

Les rosiers sont déplumés, ils proposent leurs fruits, appelés les cynorhodons.

On peut en faire des confitures ou des gelées.

Mais nous les laissons car ils servent de nourriture à l'avifaune.

 

IMGP3866.JPG

 

Le jardin semble inerte.

Pourtant, il vibre encore tout au long de novembre.

Quelques nuées de moucherons à contre-jour, si difficiles à photographier posés:

 

IMGP3593 - Copie.JPG

 

Jusque vers la fin du mois de novembre, en effet, quelques insectes familiers se promènent toujours.

Une abeille charpentière.

Xylocopa violacea (3):

 

IMGP3672 (2).JPG

 

Un bourdon des champs.

Bombus pascuorum (2):

 

IMGP3544.JPG

 

Une mouche des étables.

Stomoxys calcitrans (3):

 

MUSCIDAE Stomoxys calcitrans.JPG

 

Les dernières abeilles, profitant des floraisons tardives des sauges.

Apis mellifera (3):

 

IMGP3617.JPG
 

Un cuivré commun.

Lycaena phlaeas (3):

 

LYCAENIDAE Lycaena phlaeas 6 (cuivré commun).JPG

 

Une mouche de la pluie.

Anthomyia pluvialis (3):

 

ANTHOMYIDAE Anthomyia pluvialis 3.JPG
 

D'autres espèces, moins communes, toujours en novembre.

Eristalis interrupta (2) (éristale interrompu):

 

SYRPHIDAE Eristalis interrupta 4.JPG 

 

Platycheirus sp. (3):

 

SYRPHIDAE platycheirus sp. 2.JPG 

 

D'autres encore, assez rares.

Phlogotettix cyclops (3):

 

HOMOPTERA CICADELLIDAE Phlogotettix cyclops 2.JPG

  

Liriomyza brassicae (3):

 

AGROMYZIDAE Liriomyza brassicae 1.JPG

 

Eilema complana (3) (manteau à tête jaune):

 

EREBIDAE Eilema complana (manteau à tête jaune).JPG

 

Il est donc prudent de ne pas remiser ses appareils photos avant décembre.

Enfin, à l'approche de l'hiver, il n'y a plus d'insectes dans les jardins.

Il n'y en a plus, du moins, de visibles.

Lorsque arrive la saison froide, il existe trois solutions pour les insectes:

-Hiberner

-Migrer

-Se reproduire avant de mourir.

L'hiver est donc la saison des œufs, des larves, des insectes cachés et des insectes absents.

Pas tout-à-fait cependant.

 

Exceptionnellement, on peut rencontrer quelques insectes ou arachnides adultes.

Un crache-sang en décembre, qui a perdu quelques articles antennaires.

Peut-être a-t-il livré un combat épique?

Timarcha tenebricosa (3):

 

IMGP3875.JPG

 

Un papillon de nuit, toujours en décembre.

Conistra vaccinii (3) (orrhodie de l'airelle):

 

 

Une thomise, cette fois en janvier.

Synema globosum (3) (thomise Napoléon):

 

 

Toujours en janvier, un autre papillon de nuit, hivernal comme son nom l'indique.

Erannis defolaria (3) (hibernie défeuillante):

 

 

Une guêpe égarée dans la maison et un peu sonnée, début février.

Ancistrocerus nigricornis (2):

 

 

Et c'est à peu près tout!

Que peuvent donc faire des entomologistes en hiver?

 

En général, ils passent leur temps à zoner dans leurs fichiers de clichés "indéterminés".

Notre ordinateur est rempli de fichiers intitulés "espèces indéterminées".

Soit que les espèces concernées sont particulièrement difficiles.

Soit que les photos sont particulièrement inadaptées.

Soit que les entomologistes dont il est question sont particulièrement nuls.

Dans notre cas, il y a un peu des trois.

 

Les diptères sont sans doute les insectes les plus difficiles à identifier.

L'ordre des diptères est l'un de ceux qui présentent le plus grand nombre d'espèces.

Et certaines de ses familles sont un casse-tête chinois pour l'amateur.

Le vrai problème, c'est lorsque l'amateur souffre de troubles obsessionnels compulsifs.

Et qu'il ne parvient pas à se résoudre à laisser une case blanche.

 

(droits réservés)

 

Parmi nos fichiers "indéterminés", végètent longtemps de nombreux diptères.

Comme il nous faut trouver une solution à un moment ou à un autre, nous usons parfois de notre mauvaise foi.

(Cf. l'article intitulé "La mauvaise foi").

Ainsi cette mouche, probablement une Anthomyia, finit "étiquetée" liturata

Anthomyia liturata (1):

 

 

Mais cela n'est que probable.

De même, pour cette autre mouche, nous avons fini par conclure.

Helina evecta (1):


MUSCIDAE Helina evecta 2.JPG
 

Dans ce cas aussi, le doute règne.

 

Dans le cas qui suit, la photo n'est pas terrible.

La nervation alaire se devine à peine.

Il n'y a aucune caractéristique évidente.

L'obsessionnel compulsif est à la limite de la rupture:

 

(droits réservés)

 

Mais il ne parvient pas à lâcher prise.

Alors, il tente un nom.

Muscina levida (1):

 

MUSCIDAE Muscina levida 1.JPG

 

En espérant que jamais un entomologiste confirmé ne vienne se promener sur son blog.

 

Parfois, l'espèce reste quelques semaines dans les fichiers "indéterminés" simplement parce que l'entomologiste est nul.

Ou inattentif.

Dans le cas qui suit, l'espèce est très commune.

N'importe quel amateur éclairé l'aurait déterminée du premier coup d’œil.

Pollenia rudis (2) (mouche des greniers):

 

 

C'est certain, nous la reconnaîtrons dorénavant.

Parfois, il fallut carrément abandonner.

 

(droits réservés)

 

Ainsi les espèces suivantes finirent dans la poubelle sans jamais être déterminées.

 

 

big_artimage_823420_6947072_201702193448241.jpg

 

Parmi les diptères, il n'y a pas que les mouches.

Il y a aussi les moustiques.

Sur les trois clichés suivant, nous aurions pu galérer des heures faute de compétence.

Tanytarsini sp. (3):

 

 

Mycomya sp. (3):

 

 

Dans ces cas, nous avons été sauvés du naufrage par les sites internet dédiés à l'entomologie.

Mais nous ne trouverons jamais l'espèce.

 

Voici un lépidoptère sur lequel nous nous sommes aussi cassé les dents.

Coenocalpe millierata (3):

 

 

Nous n'aurions pas trouvé non plus sans les sites internet des lépidoptéristes.

 

Enfin, en ce qui concerne les arachnides, c'est l'incontournable site "Le monde des insectes" qui nous a permis de nous extraire de plusieurs impasses successives.

Alopecosa albofasciata (3):

 

 

Olios argelasius (3):

 

 

Il faut savoir que, en ce qui concerne les araignées, l'espèce, dans bon nombre de cas, ne peut être confirmée que par l'examen des genitalia.

Cela nécessite de capturer l'individu et de l'examiner au microscope.

Ce qui n'est pas du niveau de l'entomologiste amateur.

En attendant de devenir entomologistes éclairés, ce qui n'arrivera probablement jamais, nous devons souvent nous retrancher vers "sp."

Nous rappelons que l'abréviation "sp.", qui signifie "species" en latin, c'est-à-dire "espèce", lorsqu'elle suit le nom du genre, signale le fait que l'espèce reste indéterminée.

Et qu'elle le restera, en ce qui nous concerne, vraisemblablement pour toujours.

Pardosa sp. (3):

 

 

A moins d'indiquer une espèce simplement possible.

Pardosa blanda (0):

 

LYCOSIDAE Pardosa blanda.JPG

 

Heureusement, dans certains cas, les lycoses disposent de caractéristiques suffisantes pour qu'elles soient déterminées sans microscope.

Hogna radiata (3) (lycose tarentuline):

 

 

Pardosa nigriceps (2):

 

 

En ce qui concerne les nématocères (dont font partie les moustiques) quelques familles sont redoutables.

Dans la famille des Sciaridae, insectes pourtant très répandus, l'espèce est, la plupart du temps, impossible à déterminer.

Sciara sp. (3):

 

SCIARIDAE Sciara sp. 5.JPG

 

Sauf cas particulier.

Sciara analis (1):

 

SCIARIDAE Sciara analis 1.JPG

 

Dans celle des Trichoceridae, un spécimen auquel nous n'avons attribué une espèce que longtemps après l'avoir photographié.

Mais sans aucune certitude.

Trichocera hemalis (1):

 

TRICHOCERIDAE Trichocera hiemalis 1.JPG

 

Enfin, un membre de la famille des Limoniidae.

Pour celui-ci, la nervation alaire était bien visible.

Nous avons cherché partout, interrogé les pros, sans succès.

Nous avons fini par proposer une espèce sur nos impressions personnelles.

Limonia stigma (1):

 

LIMONIIDAE Limonia stigma 1.JPG

 

Dans certains cas, la subjectivité nous égare.

Nous ne disposions longtemps dans nos fichiers que de très peu d'espèces d'Hybotidae.

Hybos culiciformis (3):

 

 

Cet autre Hybotidae nous semblait différent du précédent, et nous avons fini par conclure Hybos femoratus:

 

 

Simplement parce que nous ne disposions jusque là d'aucun cliché de Hybos femoratus.

Mais en fait, cette identification est fort peu probable.

Vraisemblablement s'agit-il aussi de Hybos culiciformis.

Seule l'envie d'identifier une nouvelle espèce nous a poussé.

Il ne faut jamais céder à ce type de pulsion.

 

Dans d'autres cas l'identification relève de l'impossible.

Ce tout petit diptère pouvait correspondre, au premier coup d’œil, à un spécimen de la famille des Piophilidae.

Voire à celle des Agromyzidae.

En fait, nous avons penché vers les Carnidae, très petites mouches noires, qui se nourrissent de charogne.

Or, le spécimen en question est précisément en train de boulotter sur un os abandonné par les chiens.

Peut-être Meoneura, ou Hemeromyia?

Nous avons fini par trancher.

Meoneura neottiophila (0):

 

 

Deux problèmes ici.

La photo n'étant pas terrible, l'on ne voit pas la nervation alaire.

Les Carnidae, probablement parce qu'il s'agit d'insectes très petits, n'ont pas particulièrement attiré l'attention des entomologistes professionnels.

Et il existe très peu de travaux qui leur sont consacrés, tous en anglais hélas.

 

Au total, nous essayons de prendre les choses au sérieux, mais à la mesure de nos moyens.

Nous espérons aussi progresser, de façon à ne pas voir grossir à l'infini nos fichiers "indéterminés".

Dans tous les cas, à l'approche de chaque printemps, nous abandonnerons à leur triste sort les spécimens qui le sont restés.

En espérant les rencontrer de nouveau.

Et proposer de meilleurs clichés.

 

Dans le blog, nous proposons un code chiffré pour les identifications:

0= peu probable

1= probable

2= très probable

3= certaine

Cela nous permet de (presque) toujours proposer une espèce sans être tout-à-fait de mauvaise foi.

 

Les improbables quant à eux partent à la poubelle après une quarantaine que nous fixons à quarante jours.

Sinon cela ne s'appellerait pas une quarantaine.

Ainsi nous éviterons la surchauffe:

 

(droits réservés)

 

Qui est le précurseur du nervous breakdown.

 

(droits réservés)

 

Il faut bien s'en sortir comme on peut...

 

 

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



07/01/2017
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 143 autres membres